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Liberté Égalité Animale 49

Mouvement citoyen contre toute forme d’exploitation, pour la libération et l'égalité animale

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Vu, lu et entendu

Militantisme végane : quelle est l’approche la plus efficace ?

Ben a lu pour nous deux ouvrages

                          

non traduits en français à ce jour, mais déjà ouvrages de référence, qui exposent deux approches du militantisme végane. Débat!

Quand on prend conscience des horreurs infligées aux autres animaux de façon inutile, et des rouages du carnisme qui les rendent possibles dans la quasi-indifférence générale, adapter sa consommation ne suffit souvent pas. On ressent le besoin de lutter autant que possible contre cette injustice, en militant. Cela passe souvent par la volonté de sensibiliser d’autres personnes, voire de leur faire ouvrir les yeux.

Cependant, malgré la masse d’arguments qui appuient une telle revendication, et l’absence d’arguments qui tiennent à son encontre, il semble parfois long et difficile d’obtenir des changements de comportement significatifs chez nos interlocuteurs. Après tout, nous aussi avons probablement pour la plupart suivi un cheminement progressif, plus ou moins consciemment, jusqu’au déclic. Et comme si ce n’était pas suffisamment compliqué, il faut de plus souvent veiller à ne pas les rebuter complètement !

Il me fallait donc, après avoir enchainé les ouvrages remplis d’informations sur les faits et les mécanismes sous-jacents de ce système, réfléchir à la meilleure façon de promouvoir plus d’empathie et de justice. Deux livres, non (encore ?) traduits en français, ont retenu mon attention.

« Motivational Methods for Vegan Advocacy: A Clinical Psychology Perspective”, de Casey Taft.

Et me voilà donc en train de lire cet ouvrage de Casey Taft, co-fondateur de Vegan Publishers™, chercheur et professeur de psychiatrie à Boston. Internationalement reconnu pour son travail, notamment dans la mise en place d’un programme de traitement de la violence conjugale (une autre forme de violence non nécessaire, exercée par des gens qui ne veulent pas nécessairement changer) à l’efficacité avérée, celui-ci voit la violence faite aux animaux comme une extension naturelle de ses travaux. Bref, définitivement quelqu’un qu’il peut s’avérer fructueux d’écouter.

Dans son livre, Taft applique donc son expérience dans le traitement de la violence domestique à la promotion du véganisme. Pour lui, il faut indiquer aux personnes dont le comportement est problématique (dans notre cas, ceux qui consomment des produits animaux) un but clair et précis (le véganisme), tout en les accompagnant dans leur progression.

L’auteur s’oppose fortement à la promotion d’une consommation réduite de produits animaux (et déplore toute l’énergie dépensée par certains à ce sujet), qui est selon lui contre-productive. En effet, est-ce qu’il serait légitime de demander à ses patients violents d’au moins « réduire la violence », en ne l’exerçant qu’une fois par semaine par exemple ? Evidemment, non.

Et indépendamment de la légitimité de la demande, faire ainsi serait beaucoup moins efficace que la promotion d’un arrêt complet, selon lui. En effet, les personnes à qui l’on demande de réduire leur consommation n’ont pas de but précis, ce qui est problématique pour entraîner des changements effectifs de comportement (par où commencer, comment s’y prendre ?), et peut également les faire s’arrêter en cours de chemin vers le véganisme (« Bon, je ne mange de la viande qu’une fois tous les deux jours maintenant, c’est très bien, je m’en satisfais»). Un but précis est donc selon l’auteur souhaitable. Pour lui, les études avancées par ceux qui cherchent à promouvoir une réduction de la consommation de produits animaux se basent sur des considérations de marketing, et ne sont pas recevables quand il s’agit d’entraîner des changements de comportement profonds et durables.

À l’objection qu’une demande trop « extrême » peut braquer les gens et les pousser à ne pas évoluer du tout, l’auteur assure que c’est quand même plus efficace, puisque cela peut préparer davantage la voie à un changement futur. Quelqu’un qui s’oppose initialement à cette demande qui lui paraît extrême l’a au moins visualisée mentalement, ce qui serait le meilleur moyen d’entrainer une réduction effective à long terme, voire de s’ouvrir au véganisme et à l’antispécisme. De plus, le véganisme est la seule demande cohérente, ce qui est selon l’auteur un atout important.

Ainsi, Taft encourage à se focaliser sur l’argument éthique, et à négliger les arguments environnementaux et sanitaires. Il répond à ceux qui lui opposent que ces deux types d’arguments ont été pour eux la porte d’entrée vers le véganisme qu’ils font probablement des généralités de leur cas particulier, et qu’ils auraient pu évoluer beaucoup plus vite vers le véganisme s’ils avaient été soumis aux arguments d’un végane éthique affirmé.

Pour finir ce rapide résumé, précisons que l’auteur insiste sur le fait qu’il faut être affirmé dans ses propos, et dire clairement que le véganisme est la moindre des choses que l’on puisse faire, pour les animaux. Mais attention, il ne s’agit pas d’être agressif, au contraire. Il faut se montrer strict sur la nécessité du véganisme, mais à l’écoute de l’autre, de ses possibles difficultés, et encourager et accompagner chaque petite avancée. Taft décrit également les différents stades de cheminement dans lequel quelqu’un peut se trouver (de l’indifférence totale au sujet initialement, à l’importante phase de « consolidation » des débuts du véganisme, en passant par la phase où les idées commencent à être intégrées, mais qu’elles demandent encore à se traduire en action), et expose les meilleures stratégies à adopter selon lui, dans chacun des cas, pour accompagner les personnes. Des exemples de discussions extraites des réseaux sociaux sont également présentés, pour illustrer les problématiques de communication végane.

Certains points de ce livre peuvent sembler évidents, mais il est toujours intéressant de les lire ou relire. Et le point de vue et les conseils de l’auteur, fort de son expérience, sont très profitables, notamment la partie sur les pièges à éviter dans la communication végane (ne parler que du négatif, etc.).

En résumé, un livre extrêmement intéressant, qui m’aurait presque convaincu de détenir LA solution pour « véganiser » les gens.

… C’était sans compter sur ma lecture suivante !

« How to Create a Vegan World: A Pragmatic Approach”, de Tobias Leenaert.

Tobias Leenaert, connu pour son blog veganstrategist.org, est un défenseur de la cause animale, qui tient à garder un esprit ouvert, sans sombrer dans le dogme, et passionné par l’étude de l’efficacité des différentes approches. Il relate l’avis qu’il s’est forgé au fil de son expérience dans son livre, qui est pour moi un incontournable que tout militant devrait lire (avec le nécessaire esprit critique, évidemment, mais sans a priori). L’ouvrage est plus général que le précédent, puisqu’il traite des moyens d’encourager la mise en place d’un monde végane, y compris en prenant en compte les moyens de lobbying sur les institutions, etc. Je m’intéresserai cependant dans ce résumé à la promotion du véganisme de personne à personne, en comparant aux idées du livre précédent. Autant vous prévenir tout de suite, Leenaert a, tout en douceur et en arguments, remis en cause mes quelques quasi-certitudes acquises un peu plus tôt, lors de la lecture de Taft. Ce qui est très positif.

En effet, Leenaert se base sur une approche très pragmatique, prenant en compte le monde réel dans son état actuel (ce qu’il oppose à une approche idéaliste, basée sur la raison pure, les bonnes intentions et les arguments rationnels, etc.), et expose ses conclusions sur la meilleure façon d’obtenir le plus rapidement possible des changements positifs pour les animaux. Il n’est pas opposé à Taft (et son approche idéaliste) dans l’idée, mais précise que dans l’état actuel, il faut être pragmatique, jusqu’à l’obtention d’une masse critique de véganes, flexitariens et compagnie. Au fur et à mesure des progrès en ce sens, l’efficacité et la pertinence de l’approche pragmatique vont diminuer, et celle de l’approche idéaliste augmenter. Pour lui, nous en sommes encore au stade où une forte dose de pragmatisme est requise, les véganes étant encore très minoritaires.

Quelle est cette approche pragmatique qu’il défend ? Difficile de la résumer en quelques lignes, mais je vais tâcher d’en illustrer les principaux points.

Premièrement, sur les arguments à utiliser lors des discussions : il ne faut pas négliger les arguments environnementaux et sanitaires selon lui. Il va même plus loin en disant que l’argument éthique doit être utilisé avec parcimonie, car il peut braquer les gens et les empêcher complètement d’évoluer. L’auteur défend son point de vue, en contradiction avec celui de Taft, comme suit :

  • Une masse importante de flexitariens a un impact plus fort qu’un petit nombre de véganes, notamment sur le marché des produits véganes disponibles (ce qui facilite à terme la transition de davantage de personnes vers le véganisme ou la réduction de la consommation de produits animaux, entrainant un effet boule de neige).
  • Peu importe la ou les raison(s) initiale(s) pour laquelle on réduit sa consommation de produits animaux, cette nouvelle attitude permet de réduire l’état de dissonance cognitive due au « paradoxe de la viande », ce qui à terme rend plus réceptif à la sensibilité des animaux d’élevage, et donc à l’aspect éthique, seul argument qui pousse à réduire sa consommation à zéro. En effet, comme certains de nous l’ont déjà observé, et contrairement à ce que l’on a tendance à croire, ce ne sont pas forcément uniquement nos idées qui influencent nos comportements, mais également (et surtout, dans le cas de la consommation de produits animaux ?) nos comportements qui influencent nos idées. Quelqu’un qui tient dur comme fer à sa cuisse de poulet sera par exemple probablement moins réceptif à l’intelligence des gallinacés (songez à l’opinion générale sur la corrida, à laquelle peu de personnes participent, par rapport à celle sur la consommation de viande, pratiquée quotidiennement par le plus grand nombre).
  • A l’objection classique (qu’oppose Taft) qu’on ne demanderait pas à un violeur ou un tueur en série de « réduire sa violence » (ce que les arguments environnementaux et sanitaires impliquent), il rappelle les différences entre ces deux cas de figure, dans le monde réel. A savoir que la violence envers les animaux est bien plus « normale », généralisée et institutionnalisée, et que pour être cohérent si l’on veut utiliser ce parallèle, il faudrait s’interposer à chaque fois entre le consommateur et le paquet de viande, comme on le ferait entre un assassin et sa victime. De plus, il est beaucoup plus difficile de se passer complètement de produits animaux dans notre monde actuel, qui en dépend fortement, que d’arrêter une violence conjugale, par exemple. Sans compter la pression sociale à laquelle sont très sensibles certains. Évidemment, de nombreux véganes opposeront, à raison, que ce n’est pas si difficile que cela, et que ce n’est rien par rapport à ce que subissent les animaux. Mais ce qui compte n’est pas notre perception, mais celle des gens que l’on cherche à faire évoluer.

En désaccord avec Taft, Leenaert incite donc à promouvoir également, voire plus, la diminution de la consommation de produits animaux, en plus de l’arrêt complet. Une phrase publiée sur sa page Facebook récemment illustre bien son point de vue : « Si vous demandez aux gens tout ou rien, vous vous retrouvez souvent avec rien ».

L’auteur va plus loin vers la fin de son ouvrage, en proposant un concept plus « souple » de véganisme, qui s’intéresse à l’impact plutôt qu’à une pureté personnelle. Par exemple, il préconise, dans le cas d’une sortie au restaurant avec de nombreux omnivores, de préférer un plat végétarien savoureux à un plat végane ne faisant pas envie (car fait en vitesse par un cuisinier non informé sur la diversité de la cuisine végétale). En effet, le second pourrait faire croire (à tort, mais les convives ne le sauront peut-être jamais) que la cuisine végane est une privation, dénuée de goût, et rebuter les convives présents à aller vers une alimentation plus végétale. Il s’agit donc bien pour l’auteur de mesurer l’impact de nos actions, plutôt que de s’attacher à une éthique et une cohérence absolue qui n’a pour lui que peu d’impact positif, malheureusement, nos comportements étant bien moins rationnels qu’on ne l’imagine.

Certaines objections qui pourraient être faites à cette approche sont traitées, comme à plusieurs autres endroits de l’ouvrage.

Personnellement, j’aurais (encore ?) du mal à appliquer ce dernier conseil, en raison de mon dégoût viscéral acquis pour les produits animaux. Et j’imagine bien qu’une telle idée peut choquer. Mais les animaux méritent bien qu’on garde un esprit ouvert, et qu’on ne rejette pas à tout jamais une proposition qui peut être intéressante, comme celle-ci.

De nombreux autres points de communication sont abordés, comme l’évident mais toujours bon à rappeler YANYA, qui se traduit en français par « vous n’êtes pas votre auditoire », et qui invite à ne pas utiliser uniquement des arguments qui auraient fonctionné sur nous, mais plutôt à s’adapter à l’interlocuteur. Exemple parmi tant d’autres : une personne très conformiste sera plus facilement influencée par un plaidoyer utilisant « c’est bien connu » ou « énormément de gens réduisent leur consommation » que par « c’est scandaleux et généralisé, il faut s’y opposer !». Et encore une fois, les biais irrationnels ne peuvent pas être négligés.

Seuls certains points du livre ont été abordés ici, très superficiellement, et j’invite chacun(e) qui serait interpelé(e) (et les autres) à se le procurer sans hésitation !

Points d’accords et conclusion

On l’a vu, les deux approches proposées sont très différentes, bien que chaque auteur assure que son approche soit basée sur des recherches solides. Ces deux auteurs s’accordent néanmoins sur plusieurs points, parmi lesquels certains me semblent importants :

  • L’agressivité ou le jugement sont dans la plupart des cas contre-productifs (et quand bien même elles fonctionneraient sur certains, il faut aussi penser à l’auditoire général, qui peut être rebuté). Une attitude bienveillante envers ses interlocuteurs est un atout pour les animaux, en particulier envers ceux qui se montrent intéressés ou en transition. Encourager les personnes, en ne négligeant pas les difficultés qu’elles peuvent rencontrer (même si on sait pertinemment qu’elles ne sont rien en comparaison de ce que subissent les animaux) mais au contraire en les écoutant, est la meilleure façon de gagner des alliés et d’améliorer la condition des animaux. Garder son calme est bien évidemment plus facile à dire qu’à faire, notamment face à des murs, des personnes soudain indignées de l’atroce souffrance des carottes (sans que leur consommation de carottes ne soit impactée, curieusement), ou plus généralement de mauvaise foi, alors que le compteur des animaux tués ou les images de L214 défilent dans notre tête. Il est humain de s’emporter parfois, mais je pense qu’il faut autant que possible garder son calme, et penser davantage à l’impact pour les animaux qu’à soulager momentanément sa révolte. Quand la discussion ne mène à rien de positif, il est bénéfique pour tous d’y mettre fin.
  • Malheureusement pour les animaux qui en pâtiront encore un moment, le changement ne pourra être que progressif ; « c’est un marathon, pas un sprint », comme l’exprime bien Leenaert.
  • Corollaire de la remarque précédente : tout(e) militant(e) qui veut faire évoluer les choses doit avant tout prendre soin de soin, en veillant à ne pas trop s’épuiser, pour être efficace sur la durée. En effet, un sentiment de révolte ou d’impuissance mal géré peut mener à une communication plus violente et moins efficace, et un(e) militant(e) qui s’effondre n’est plus d’aucune utilité, faisant perdre un(e) allié(e) aux animaux. La conscience exacerbée du massacre perpétuel dans l’indifférence générale, et le sentiment de relative impuissance, peuvent être délicats à gérer, et il ne faut pas hésiter à faire une pause et chercher de l’aide si nécessaire. Gardons en tête que tout ne repose pas sur nos épaules en tant qu’individu, mais aussi que chaque petite graine plantée ou arrosée dans la tête des gens mène à des améliorations concrètes. Certains soutiendront peut-être que face à l’ampleur du problème, on ne peut pas se permettre d’être patient. Mais au contraire, devant l’endurance que vont demander les changements à venir, « on ne peut pas se permettre de ne pas être patient », comme l’explique Leenaert.

Ce petit aperçu ne saurait retranscrire la richesse de ces deux ouvrages, et j’encourage donc toute personne que l’anglais ne rebute pas à se les procurer sans tarder. En espérant une traduction française prochaine pour les autres.

Personnellement, le bilan de la lecture de ces deux ouvrages, que j’ai trouvé complémentaires, est très positif. Être confronté à différentes idées intéressantes m’a permis d’élargir mon point de vue. Je n’attends plus qu’un débat entre les deux auteurs, pour confronter leurs idées et me faire un avis plus marqué. J

Pour répondre au titre de cette article, il semble bien qu’il n’y ait (malheureusement) pas de « méthode miracle », qui serait à coup sûr la plus rapide et efficace pour arriver à un monde végane (et antispéciste). Il faut s’adapter à chaque situation, et accepter de ne pas avoir toujours la réaction optimale. Après tout, est-ce toujours quand on pense avoir eu le plus d’impact positif que les plus grands changements ont lieu ? Peut-être pas. Il est néanmoins nécessaire selon moi de garder un esprit critique sur notre façon de faire, de rester ouvert et de se renseigner sans a priori sur les différentes approches possibles. Il serait dommage de dépenser son énergie avec une approche qui s’avère effectivement moins efficace qu’une autre. Nul doute que chaque militant trouvera dans ces livres de quoi s’améliorer, même s’il ne partage pas tous les points de vue exposés.

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Réponse à l’interview de Francis Wolff, parue le 10 septembre 2017, dans Ouest-France

Un article est paru ce jour dans Ouest France.

Informatif ? Débats d’idée ? On ne sait pas ! Mais en tous les cas, j’ai eu envie de répondre !

D’abord, qui est Francis Wolff, est-il uniquement professeur émérite à l’ENS Paris, s’est-il déjà exprimé sur la question animale ? Ouest France choisit de le présenter en tant que professeur, d’une prestigieuse école, écrasant poids intellectuel sur le lecteur du dimanche, qui doit se dire ouah, ce monsieur doit être : neutre, objectif, super bien documenté, c’est un sachant quoi, quelle caution ! Il saura faire appel au bon sens, à l’esprit critique des lecteurs !

Quand on creuse un peu sur la toile, voilà ce qu’on trouve sur ce monsieur.

Monsieur Wolff est pro-corrida affiché. Il est l’auteur par exemple de « Philosophie de la Corrida », paru chez Fayard en 2007. Il a été à ce titre interrogé par notre (cher) Raphael Enthoven en 2009 (un autre philosophe qui aime à critiquer très objectivement le mouvement vegan). On peut lire sur le site d’Arte : «  Auteur de deux ouvrages sur ce thème, Francis Wolff ne se cache pas d’aimer la tauromachie, et même de la défendre : « J’ai mis ma raison au service de ma passion », reconnaît-il. »

On le retrouve plus récemment sur le site de l’Observatoire national des cultures taurines, suite à une conférence http://www.culturestaurines.com/defendre_la_corrida_Francis_Wolff.

Monsieur Wolff est également contre l’introduction de la notion d’être sensible pour les animaux dans les différents codes français. Le philosophe qui nie la réalité scientifique…

Ce monsieur n’est donc pas n’importe quel philosophe de la question animale, Ouest France aurait pu à ce titre le préciser, que le lecteur soit au moins averti, et ne présente pas cet auteur uniquement comme un professeur de l’ENS. C’est un pro-corrida qui répond à ces questions. Un sacré biais !

Mais apparemment Ouest-France aime à inviter M. Wolff à expliquer au lecteur ce qu’il faut penser dans ce domaine. On peut déjà retrouver son idéologie spéciste étalée ici : http://www.ouest-france.fr/sciences/animaux/animaux-lantispecisme-une-ideologie-decriee-4439121

Oui, car il s’agit d’idéologie. Ce n’est pas un gros mot, non ! Mais il est nécessaire de bien caractériser de quoi nous parlons dorénavant. M. Wolff défend l’idéologie spéciste sous toutes ces coutures, d’ailleurs comme nous le précise l’article, il ira la défendre au salon Terre 2017. Donc cet article est le tenant d’une idéologie et Ouest France nous présente cela comme un article plus informatif, destiné à prévenir le lecteur des dangers de ces extrémistes que sont les antispécistes. Dérangeant !

Quelques points de cet article font sursauter le moindre esprit quelque peu critique.

Pourquoi l’animalisme, courant éthique qui défend le droit des animaux est une utopie ?

A la lecture de la réponse, et bien…je cherche encore la réponse à la question. Revenons sur le sens même d’utopie!

L’utopie est une représentation d’une réalité idéale et sans défaut : régime politique idéal (qui gouvernerait parfaitement les hommes), société parfaite (sans injustice par exemple) ou communauté d’individus vivant heureux et en harmonie…

Une utopie peut désigner également une réalité difficilement admissible : en ce sens, qualifier quelque chose d’utopique consiste à le disqualifier et à le considérer comme irrationnel.

Donc soit la réponse de M. Wolff tend à nous démontrer que le monde dont nous rêvons, nous les antispécistes, est un monde idéal et sans injustice (tendre à cela, n’est-ce pas le propre de beaucoup de sociétés humaines ?), et là oh les vilains extrémistes qui souhaitent un monde pareil ! Danger !

Ou bien, Ouest France et M. Wolff discréditent d’emblée nos idées en les disqualifiant. D’entrée la question est sournoise donc, pour un article qui n’est pas paru sous la rubrique « débats d’idée », mais plutôt tiens, si on soutenait l’idéologie dominante et le lobby de la viande, hein ?

Bon dans la réponse donnée, il n’y a pas le moindre argument, juste des définitions, pas forcément contestable, sauf sur un point : l’antispécisme milite contre tout traitement différencié entre les humains et les animaux. Non, c’est un peu plus compliqué que ça M. Wolff, vous nous prouvez là une lecture totalement simpliste de l’’antispécisme. Un traitement juste, nous demandons la justice, et grosso modo qu’on foute la paix aux animaux, mais grâce à des phases transitoires, et une lecture un peu plus complexe de notre rapport aux animaux, nous voulons créer une société permettant de vivre en harmonie. Nous ne réclamons pas le droit de vote pour les poules (citation désormais culte de notre cher Sébastien Arsac). Oui parce que M. Wolff, nous aussi nous avons une base solide de réflexion sur la question, plus solide que la vôtre apparemment, uniquement appuyée sur la « passion », comme celle que vous portez à la corrida. Je vous invite à lire Zoopolis d’ailleurs. http://next.liberation.fr/livres/2016/10/26/zoopolis-la-bete-a-bon-droit_1524505

 

Que faire des animaux domestiques ?

Ah là on va commencer à se marrer ! On va certainement lire qu’on va castrer tout le monde ! Ah ben oui, parce que nous voulons que toutes les espèces domestiques disparaissent ! BINGO !

Là encore, il s’agirait de ne pas être aussi basique, Monsieur le professeur émérite de l’ENS Paris.

Alors oui, nous sommes pour la stérilisation des espèces domestiques (majoritairement, car il y a des mouvements vegan qui ne sont pour aucune intervention dans la sphère animale). Ne pas favoriser la reproduction d’espèces qui vivent soit dans la société humaine soit à ses abords car retournés à l’état sauvage est une question importante, car nous sommes responsables de la prolifération de certaines espèces et aussi des souffrances que cela engendre. Prenons l’exemple typique des chats, plus parlante que celle des chiens. Selon une étude belge, Un couple de chats engendrera plus de 20000 chatons en 4 ans. C’est exponentiel hein la même chatte ne fera pas 20000 chatons en 4 ans, sacrée pêche la minette, mais leurs descendants oui ! http://www.micetto.com/actualite/139-Rixensart-experience-pour-lutter-contre-proliferation-des-chats

Et que deviennent tous ces chats ? Mis à part squatter le jardin de M. Wolff, ils pourront au mieux être adoptés dans un doux foyer, rester dans la rue et trouver de quoi survivre, mourir euthanasiés ou étouffés dans des sacs, noyés dans une baignoire, au choix, l’imagination des maîtres inconscients est débordante. Ces chats se reproduisent car nous le permettons, parfois cela est volontaire, parfois lesmaitres laissent divaguer leur chat « entier » (le mâââââle quoi, on va quand même lui enlever ses coucougnettes !) va engrosser toutes les femelles du quartier laissées entières (croyance populaire : il faut qu’une chatte ait au moins une portée dans sa vie, sinon… sinon quoi ?). Donc oui, nous favorisons, pour notre convenance, notre « plaisir », et aussi car les interactions sont enrichissantes pour les uns et les autres, la présence d’animaux autour de nous, et cela est possible dans une certaine mesure (voir Zoopolis sur ce point) et donc stériliser les animaux domestiques, ne pas favoriser leur reproduction est une question fondamentale, si on respecte un tant soit peu le bien-être animal ( et pas besoin d’être antispéciste sur ce point d’ailleurs, juste faire preuve de bon sens !).

Ce radicalisme est venu de Peter Singer ?

Tiens Peter, salut, bah mince, désolée, on te mêle à cet article pas forcément bien mené, et attention on va résumer ta pensée, parfois controversée au sein même du mouvement, mais fondatrice, en…

Ah ben oui, peu de mot. Rien en fait. Je ne sais pas ce que cela apporte au lecteur lambda, PAS DU TOUT familiarisé avec le sujet, de constater qu’il y a Singer, Regan et consorts, qui plaident ou pas pour le véganisme, sont plus ou moins radicaux. Quel est l’intérêt ?

Mais, la France est aujourd’hui atteinte par cet activisme radical. Trrrrrremblez citoyens ! Nous arrivons, avec nos rêves de société plus juste, tremblez ! Surtout pour votre bifteck, le reste, hein…

Ah et puis tiens, information pour le citoyen, il existe un écoterrorisme surnommé ALF. Mais ouf il n’y en a pas en France ! Ah bon ? C’est dingue d’être si peu renseigné ! ALF n’est pas un collectif, pas une association, c’est une REVENDICATION, universelle, dont chacun peut se targuer s’il libère un animal. Ou pas. Ceci est un argument totalement inutile et infondé.

Que penser de L214 ?

Attention ! Bon, il y a du vrai, nous sommes les héritiers d’une certaine pensée, celle des mouvements d’émancipation. Et nous sommes radicaux dans nos revendications, oui nous voulons l’abolition. Et alors ? Va-t-on reprocher aux mouvements contre l’esclavage d’avoir voulu l’abolition, et pas un entre deux, » oui alors t’es esclave, mais on te traite bien alors, arrête d’être radical dans tes revendications quoi ! » Ou bien aux mouvements de libération de la femme d’avoir souhaité, le droit de vote, l’émancipation ? Et non un pis-aller ? « Bon ok on te donne le droit de vote, mais ton mari t’accompagne dans l’isoloir pour contrôler tout ça hein, ne soit pas exigeante, tu vas trop loin dans tes revendications là ! »

Alors Monsieur Wolff a raison, les animaux sont les ultimes victimes, oui nous sommes leur voix. Oui nous voulons une abolition totale de leur exploitation. Radicalement.

Mais quand il dit « ils se pensent les héritiers justiciers des grands mouvements idéalistes, comme les droits de l’homme ou le féminisme », il précise que « C’est une position absurde, bien sûr ». Ah mais pourquoi ? Dites-nous tout M. Wolff, pourquoi est-ce absurde ? Professeur émérite, développez un peu votre argumentaire ! Cet article en manque décidément…

Certains voient dans ce type d’action une forme de terrorisme. Est-ce justifié ?

Bon là M. Wolff ne PEUT pas nous traiter de terrorisme, car il connait tout de même la définition du mot. Nous sommes un mouvement de libération, nous ne prônons pas la terreur. OK. Passons.

D’où vient cette vision angélique du monde animal ?

Alors là, il y a du lourd.

Bon mis à part qu’au passage les chats et les chiens se font traiter d’aristocrates de canapés (regardez votre chat, vous serez peut-être bien d’accord avec ce Monsieur, haha !), il est surtout question ici de bien et de maaaaaal.

Nous (les antispécistes) sommes supposés penser que les animaux sont « bons par nature » . M. Wolff est professeur de philosophie, hein. Voilà. Dans la nature, il n’y a ni bien ni mal M. Wolf, ce sont au mieux des VALEURS qui peuvent guider une vision du monde, au pire un jugement religieux qui classifient les choses, les êtres, en catégories, les bons et les méchants.

Nous ne souhaitons pas libérer les animaux du joug de l’exploitation humaine car les animaux sont bons ou mauvais ! Nous souhaitons les libérer car nous avons un idéal de justice ! Nous pensons qu’il nous appartient à nous humains, êtres ayant développé une conscience élevée (enfin, majoritairement !), qui nous oblige à certains devoirs vis-à-vis de nos semblables, notre Planète et tout notre environnement, de cesser d’exploiter les animaux pour notre seul bon plaisir. C’est une éthique M. Wolff pas une morale, merde vous être prof de philo ou quoi !?

Bon je vous épargne la loi de la jungle etc, car M. Wolff est sûrement en train lui-même d’aller chasser son dîner… vous savez le « gibier » élevé pour être chassé sous couvert de l’impérieux devoir de régulation… je m’égare.

Pourquoi ce débat de société ?

Bon là, y a plein de trucs, par exemple comparaison des animal studies aux gender studies (euh je ne préfère pas savoir ce que ce monsieur pense aussi des gender studies), mais surtout du blabla welfariste sur le cheval. Ce « compagnon » qui travaille et fait la guerre avec nous. Et voilà, il est devenu animal de compagnie maintenant, le cheval, donc on ne sait plus vraiment quelle est sa place ! Mais nous allons vous le dire M. Wolf, la place du cheval n’est certainement pas au travail, ni sur un champ de bataille, car le cheval s’en fout de notre société de consommation, de nos guerres, le cheval veut galoper, bouffer son herbe tranquille basta ! Vous comprenez ? Il n’y a pas de volonté du cheval de nous accompagner sur ce genre de terrain, nous décidons pour lui, il n’est pas satisfait de faire ça (si si Jocelyne Porcher je te jure qu’il n’est pas content). Nous ne réclamons rien d’autre que de laisser le cheval en paix, ne pas le faire se reproduire pour être exploité, point !

Ensuite vient la confusion entre écologie et animalisme, « confusion savamment entretenue » (par le mouvement vegan ? par qui ?). Et pourtant cela n’aurait rien à voir. Donc, l’impact de l’élevage sur la production de gaz à effet de serre, la destruction de l’Amazonie pour produire du soja destiné à nourrir les animaux d’élevage, l’utilisation de l’eau et des céréales produites pour nourrir les animaux d’élevage pour les pays riches, plutôt que de nourrir les pays pauvres,… et j’en oublie, des arguments que le mouvement vegan, antispéciste, développe également (et qui sont des FAITS pas des idées), n’ont RIEN à voir avec la question animale ?

La cohérence entre animalisme et écologie est pourtant flagrante !

Si on reprend une définition de l’écologie : la science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux, je crois que cela s’apprécie concrètement.

Mais M. Wolff parle d’une étude holistique des espèces. Et indique que l’animalisme ne s’intéresse pas aux espèces mais à la souffrance individuelle. Ah, dernière nouvelle… Oui nous prenons en compte l’individu qu’est l’animal, être sentient. C’est un prisme qui permet de ne pas réifier l’animal, travers du spécisme. Mais cela n’enlève en rien la possibilité de voir aussi l’espèce dans son ensemble, et de trouver un animalisme empreint d’une totale vision écologique. Notre vision, M. Wolff ne vous en déplaise, est politique, elle tend à transformer le monde, à rendre le monde plus juste et plus respectueux de chaque être qui le compose. Elle est contrairement à votre position sur la corrida, dépassionnée. Oui nous détrônons l’homme de son piédestal, cela ne le prive de rien, cela lui demande simplement d’être plus juste, et de se décentrer, pour continuer à vivre en paix sur cette planète, avec les autres êtres vivants.

Mais nous les antispécistes, nous serions ravis de VRAIMENT débattre avec vous, mais préparez un tout petit mieux vos arguments !

 

Les animaux ne sont pas comestibles, par Martin Page

Martin Page – Les animaux ne sont pas comestibles

Éditions Robert Laffont – Février 2017 – 265 pages –18,50 €

cit du parcours de lauteur vers le véganisme, Les animaux ne sont pas comestibles est un ouvrage très bien écrit, riche en informations pratiques, éthiques mais aussi personnelles.  Louvrage est ponctué d’anecdotes sous forme de dialogues ou de citations qui parleront à toute personne végane ou tendant à le devenir

La construction du livre en courts chapitres déterminés par l’expérience de lauteur, tels que angoisse avant un dîner chez un végétarien”, “comprendre ceux qui ny arrivent pas” ou ”les lasagnes de ma mère”, permet aussi une (re)-lecture bien agréable du récit de Martin Page qui d’ailleurs s’est récemment installé près d’Angers à Trélazé avec sa compagne, Coline Pierré, écrivaine pour la jeunesse.

A mettre entre toutes les mains, quelles soient véganes ou non !

Autres titres de Martin Page (non exhaustif) : Comment je suis devenu stupide (2001), On s’habitue aux fins du monde (2005), L’apiculture selon Samuel Beckett (2013), Le club des inadaptés (ouvrage pour la jeunesse) (2010) La folle rencontre de Max et Flora (écrit avec Coline Pierré) (2015) , Manuel d’écriture et de survie (2015)

 Catherine

http://www.martin-page.fr/

Conférence débat Hélène Desfossez et Martin Page – 30 juin 18h30

Edit: une belle réussite pour cette première conférence, que vous pouvez retrouver en vidéo intégralement sur la chaine de LEA 49! C’est par là!

Vendredi 30 juin à 18h30 au Centre Jean Vilar à Angers, deux auteurs nous font l’honneur de participer à une rencontre autour du thème de l’éthique vegan.

Venez rencontrer Hélène Defossez, auteur entre autres de « le végétarisme comme réponse à la violence du monde » et « enceinte et végétarienne » et Martin Page  auteur entre autres de l’essai « les animaux ne sont pas comestibles ».

Cette soirée est organisée par LEA 49 et L214 avec l’aimable partenariat de la Librairie Contact.

Lors de cette soirée retrouvez des tables d’information LEA 49 et L214, une vente de pâtisseries végétales et un coin librairie.

L’entrée est gratuite, mais l’inscription est obligatoire compte-tenu du nombre de places limitées! Pour s’inscrire c’est par .

OH LA VACHE ! de David DUCHOVNY

Le végétarisme sortant de plus en plus de l’ombre, de nombreuses œuvres littéraires et cinématographiques abordent à présent le sujet.

Aujourd’hui, c’est au livre “Oh la vache !” de David DUCHOVNY que nous nous intéressons, livre publié depuis mi-janvier en France.

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Welfarisme, abolitionnisme et mentaphobie, un article à lire pour mieux comprendre les batailles inutiles

Les débats internes d’un mouvement politique n’ont généralement que peu d’intérêt pour le grand public, qui n’entend rien aux nuances divisant les militants.
L’impérissable controverse sur le point de savoir si le réformisme constitue un obstacle à l’abolition en est une illustration. Lire la suite

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